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AFP: L'entrée des Baltes dans l'Europe de l'énergie: une question en suspens (PAPIER D'ANGLE)

VILNIUS, 18 mars 2009 (AFP) - Les trois ex-républiques soviétiques de la Baltique peinent à intégrer pleinement au reste de l'Union européenne leurs réseaux énergétiques encore très liés à Moscou, une situation que pourrait exacerber la fermeture prochaine d'une centrale nucléaire en Lituanie.


"Nous ne faisons pas encore partie de l'Union européenne en ce qui concerne l'énergie", a récemment déclaré Romas Svedas, vice-ministre de l'Energie de Lituanie, entrée dans l'UE en 2004 et toujours incluse dans le réseau électrique russe.

"Actuellement, nos réseaux énergétiques sont très isolés du reste de l'Europe", a dit de son côté à l'AFP le ministre letton des Affaires étrangères, Maris Riekstins. "Nous sommes semblables à des îles", a renchéri le Premier ministre estonien Andrus Ansip, "une meilleure intégration des pays baltes est nécessaire".

La création d'un marché balte de l'électricité et son rattachement à l'Europe occidentale sont suivis de près par la Commission européenne. Un groupe d'experts a été chargé de préparer d'ici juillet un plan d'interconnexion des réseaux des trois pays.

"Nous voulons libéraliser notre marché sur le modèle de Nord Pool", explique à l'AFP M. Svedas en référence à la bourse énergétique scandinave créée en 1993, qui se dit la première bourse multinationale de l'électricité.

Vilnius compte voir l'année prochaine la moitié de son électricité vendue sur le marché libre. "Nous voulons rejoindre la zone de Nord Pool le plus tôt possible", a déclaré pour sa part à l'AFP le Premier ministre estonien dont le pays veut ouvrir son marché en 2013.

La région n'est actuellement rattachée au reste de l'Europe que par un câble reliant l'Estonie à la Finlande voisine, Estlink, auquel doit s'ajouter un second câble à la capacité supérieure.

Un lien avec la Suède est prévu mais la Lituanie et la Lettonie ne parviennent pas à se mettre d'accord sur celui des deux pays d'où partira ce câble sous-marin. Enfin, une connexion au réseau électrique de l'Europe continentale (UCTE) via un lien Lituanie-Pologne est en préparation.

La fermeture à la fin de l'année de la seule centrale nucléaire de la région, qui assure 70% des besoins en électricité de la Lituanie, ne fera que renforcer la dépendance de ce pays, ainsi que de la Lettonie, vis-à-vis du gaz russe.

Vilnius s'est engagé en entrant dans l'Union européenne à fermer sa centrale d'Ignalina (est) héritée de l'époque soviétique, du même type que celle qui avait explosé à Tchernobyl en 1986.

Une nouvelle centrale nucléaire est prévue au même endroit mais le projet commun aux trois pays baltes et à la Pologne traîne et elle ne devrait pas entrer en service en 2018, dernière date envisagée.

"Nous sommes prêts à construire notre propre centrale nucléaire", a déclaré à l'AFP le Premier ministre estonien. Tallinn jouit d'une relative indépendance énergétique du fait de ses ressources en schistes bitumineux dont il veut néanmoins réduire l'usage.

Pour Nils Muiznieks, directeur de l'Institut de recherche politique de l'Université de Lettonie, cette volonté affichée par l'Estonie, "impensable il y a deux ans", montre "l'impatience que suscite chez tous la Lituanie".

"J'ai parfois l'impression qu'ils parlent, parlent. Il est temps d'agir", dit de son propre pays le responsable lituanien Romas Svedas ajoutant que le rattachement au réseau européen est "une question très sensible" et qu'"il y va de l'indépendance énergétique du pays".

La Lettonie est plus pragmatique. "L'influence du lobby gazier russe y est très forte" avec "pour but de maintenir la Lettonie accrochée à la seringue du gaz russe", estime M. Muiznieks.
 
Par Ursula HYZY